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mercredi 21 juillet 2010

archives 2007, l'envers du réel



la galerie 64 nuitdencre et les loups sont fâchés présentent "l'envers du réel", expositions de peintures, dessins, objets, collages, livres, sons et lumières du 10 mars au 14 avril 2007 à la galerie 64 nuitdencre puis du 17 avril au 13 mai 2007 à la Halle Saint-Pierre.

La médecine amusante

Si les collages de Marie-Laure Missir s’inscrivent bien dans la tradition poétique de rencontres entre images a priori inconciliables, ils n’ont pas vocation à servir d’anti-slogans, ni même, ou rarement, à raconter une histoire.

Il faut dire que si à peine trois générations nous séparent du cri de Jindrch tyrskỳ : mes yeux exigent qu’on leur jette toujours une nourriture, nous subissons un peu plus chaque jour la prolifération d’images néo artistiques ou pseudo informatives (i.e. strictement publicitaires) comme preuve du figement de l’esprit devenu dissolution, selon le mot tristement visionnaire de Breton. Aussi, le plagiat prôné par Lautréamont perd non seuelement en force mais, pire, en sens face au Mithridate moderne capable maintenant de s’accaparer jusqu’à la subversion de son propre langage (on sait toutefois comment finit le sixième du nom).


L’usage par Marie-Laure Missir d’instruments chirurgicaux pour saisir et couper conforte qui a vu la genèse de ses images dans le sentiment qu’il s’agit plutôt ici d’un lent travail médical de réparation d’un monde malade – sans exclure l’humour noir du savant fou – aux seules fins de créer de l’harmonie.

L’iguane projette une ombre de femme déguisée en paradisier saluant le bureaucrate aux pieds palmés qui interpelle la murène ailée devant le bâtiment en flamme où repose l’iguane… Les images-valises virevoltent sous vos yeux ; vous n’êtes là pour personne.

C’est Juliette déguisée en Justine, Esther traversant le miroir, Théroigne, « la Belle Liégeoise », dépossédée de sa cravache au pommeau d’or. C’est Alice distribuant les cartes, Isis dévoilée, Madame de Merteuil pervertie. C’est Ellen Elson démasquée. Et tout fait sens à nouveau.


Eric Benvéniste L’Envers du réel, Les Loups Sont Fâchés, février 2007.


archives 2005, Joyce Mansour, Nouvelles rubriques pour petite bringue


Nouvelles lubriques pour petites bringues, textes de Joyce Mansour, illustrations de Jean Benoît et Mimi Parent et pour le tirage de tête de collages de Marie-Laure Missir, Les Loups sont fâchés, 2006, Paris



Sur les loups sont fâchés...

La poésie est à géométrie variable : aucun rapport de proportionnalité entre poids et taille, entre matière et couleur d’un ouvrage. Entomologiste du surréalisme, Eric Benveniste a choisi la légèreté des élytres soigneusement arrachées à des insectes souvent rares, des ailes de papillons de nuit ou de jour à peine moins légers que l’air, des carapaces qui luisent d’un orient parfois inquiétant, des plumes odorantes... Le résultat : une fête multicolore de vingt et une plaquettes, toutes en longueur et en ardeur, élégantes, un festin de textes enluminés dont les convives sont Guy Cabanel en « robe de flammes », Anne-Marie Beeckman en « manteau de taupe », Jacques Abeille en « bête louche », Vincent Bounoure en « oiseau égaré », Pierre Peuchmaurd en « loup de ciel », Ghérasim Luca en « chat double »... parmi d’autres pour les les dessins, découpages, collages et confettis, on rencontre la bête amoureuse de Jean Benoît, les bêtes microscopiques de Jacques Lacombez, celles en cristal de Jacques Hérold, les chimères de Ted Joans, les bouches ouvertes de Georges-Henri Morin, quelques squelettes de Jorge Camacho… dans l’ordre d’apparition pour le plus grand désordre des sens et j’en oublie volontairement car la liste est aussi longue qu’essentielle. L’Envers du réel n’est pas seulement une collection des éditions Les Loups sont fâchés, l’Envers du réel est une des régions de ce domaine menacé de l’édition où l’exigence règne encore.

par Marie-Laure Missir